Société

Thierno Alassane Sall charge le régime : « 37 milliards versés, rien sur le terrain – le peuple est fatigué de survivre »

Dakar, 28 septembre 2026 – C’est une déclaration au vitriol que Thierno Alassane Sall a rendue publique ce week-end, lors d’une conférence de presse qui coïncide avec la veille de la commémoration du naufrage du Joola. À l’occasion du 24e anniversaire, le député et président de la République des Valeurs a livré une violente charge contre la gouvernance Pastef, dénonçant le scandale ASER-AEE Power et la crise énergétique.

« Il y a 24 ans, dans la nuit du 26 septembre 2002, le Joola sombrait. J’ai une pensée pour les victimes et leurs familles, dont la blessure ne s’est jamais refermée », a entamé le député. Pour lui, cette tragédie aurait dû faire émerger un État résilient. « Au lieu de cela, depuis 24 ans, nous comptons les ‘mini-Joola’ dans l’Atlantique, les immeubles qui s’effondrent, les accidents de la route qui endeuillent des familles entières ». Le parlementaire dénonce « incompétence et insouciance » au sommet de l’État, pointant une Assemblée qui « enchaîne les sessions extraordinaires au point d’en faire une banalité » et un Palais transformé en « permanence politique, occupé à débaucher des maires ».

Thierno Alassane Sall recentre le débat sur les urgences sociales. Citant le Premier ministre lui-même, il rappelle que près de 8 millions de Sénégalais vivent dans la précarité. Selon Afrobarometer 2026, 80% des populations rurales vivraient dans une pauvreté modérée à forte. « Quatre Sénégalais sur cinq dans nos villages. Un seul repas par jour, la corvée de l’eau tirée à la main, des soins hors de portée, pas d’électricité », décrit-il.

Sur le front de l’emploi, les chiffres sont tout aussi sombres : 22,9% de chômage élargi au premier trimestre 2026 selon l’ANSD, 28,4% chez les 15-34 ans et 34,1% des 15-24 ans ni en emploi, ni en éducation, ni en formation. Il évoque aussi 351 licenciements recensés par le gouvernement dans des structures comme le PAD, la LONASE, la CDC, l’AIBD, et « plus de 30 000 » pertes d’emploi selon la RTS. « Voilà les vrais ennemis que l’État doit combattre. Au lieu de cela, tout tourne autour du combat KIIRAAY/PASTEF », fustige-t-il.

L’ancien ministre de l’Énergie tire la sonnette d’alarme sur la dégradation du secteur. « En 2023, le Sénégal exportait de l’énergie vers la Gambie, la Mauritanie et le Mali. En 2026, nous importerons jusqu’à 200 MW de Guinée », révèle-t-il. Il pointe l’arrêt du BTP, la dégradation de la notation financière et des choix énergétiques coûteux. « La centrale de WAE, qui devait fonctionner au gaz, tourne au diesel oil. Coût exorbitant : de l’ordre d’un milliard FCFA par jour ». Selon lui, les récentes coupures générales ne sont pas dues à un sabotage mais à « la panne du surpresseur de la centrale sur barge, qui n’avait pas d’unité de réserve ».

Le cœur de la charge porte sur le marché d’électrification rurale de 1 600 villages confié à l’entreprise espagnole AEE Power EPC. « 37 milliards de francs CFA ont été versés au titre de l’avance de démarrage. Sur le terrain, moins de 30 villages », accuse Thierno Alassane Sall. Il affirme avoir alerté dès le 26 août 2024, avec une lettre du ministre Birame Souleye Diop au Premier ministre, puis des alertes de la banque au ministère des Finances et à l’ARCOP en septembre 2024. « La réponse du pouvoir a été le déni, puis le silence. Le Président s’est emmuré dans le mutisme et n’a jamais saisi l’IGE », dit-il.

Il s’interroge : « Pourquoi avoir laissé repartir le responsable d’AEE Power, M. José G. Tausz, sans obtenir la restitution des 37 milliards ? Il a reconnu avoir reçu cette somme dans une interview à Walf, a réclamé 55 milliards supplémentaires, et est reparti en déclarant qu’il ne répondrait plus à la justice sénégalaise ». Il dénonce le projet de loi de finances rectificative 2026 qui prévoirait encore 1,5 milliard FCFA pour régler une facture de l’entreprise. « Ce paiement serait illégal : on continuerait de payer un marché qui n’a pas été exécuté ».

Pour Thierno Alassane Sall, le traitement judiciaire est inégal. « Mahmadane Sarr, patron de Lansar Auto, est en prison pour 13,6 milliards, environ le tiers de ce qu’a reçu l’entreprise espagnole. Or AEE Power EPC est libre de tout mouvement. Madiambal Diagne a été poussé à l’exil. Des anciens ministres sont allés en prison pour des climatiseurs, pour 12 millions. AEE Power peut disparaître avec 37 milliards pendant 27 mois sans contrepartie visible, avec le soutien tacite des plus hautes autorités. »

Il annonce la poursuite du combat judiciaire au Sénégal et en Espagne, un appel à la société civile et l’organisation d’une marche. « Nous irons dans les villages concernés, un par un, pour informer les populations ». « Ce dossier n’est pas une querelle politique mais une affaire d’argent public, et de dignité », conclut-il.

Astou Mall

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